Achat groupé de déchiqueteurs et coupeurs fendeurs de bois dans les Hautes-Alpes

Ou comment la mutualisation et la coopération permettent le développement et la consolidation des activités économiques ?

Cette fiche présente la démarche de la Chambre d'Agriculture, des CUMA et des agriculteurs des Hautes-Alpes visant à mutualiser l'achat de broyeurs et coupeurs/fendeurs de bois.

Historique
La chambre d'Agriculture 05 a souhaité amorcer la réflexion autour de ce sujet afin de développer et/ou consolider les activités des exploitations agricoles des Hautes-Alpes tout en répondant à un besoin du territoire : la production de bois énergie pour alimenter des chaudières bois automatiques, poêles à bois et autres systèmes utilisant la biomasse étant en plein essor.

Il existe un marché certain sur le bois énergie. Il y a actuellement 21 chaudières de ce type sur des exploitations agricoles du territoire. Nombreuses sont les chaufferies qui fonctionnent aujourd'hui dans les collectivités, chez les industriels ainsi que chez les particuliers et d'autres installations sont encore à venir.
En effet, la ressource bois est disponible sur les Hautes-Alpes et il existe une volonté politique locale de développer le bois-énergie.

Afin de créer une dynamique autour de ce sujet, la Chambre d'Agriculture 05 a organisé des démonstrations de machines de broyage de bois lors d'évènements locaux ainsi que des visites d'installations de chaudière pour en montrer leur fonctionnement.
Il y a eu un travail de sensibilisation auprès des agriculteurs autour du développement de la production de bois-énergie comme nouvelle activité possible des exploitations agricoles mais également pour répondre aux objectifs de réduction de la dépendance aux énergies fossiles.

Production de bois énergie et création de richesse locale
Le broyage était d'abord une prestation de service réalisée par une entreprise privée (principalement réalisée par l'établissement BAYLE) puis il s'est organisé collectivement via les CUMA. Ces groupes ont été organisés par secteurs géographiques.

La grande majorité des agriculteurs et agricultrices sont pluriactifs. La production de bois déchiqueté est venu s'ajouter à leurs activités afin d'améliorer le bilan économique de leur exploitation, que ce soit :
• en autoconsommation afin d'avoir une énergie à prix très réduit (souvent du bois des parcelles en possession des agriculteurs) face à l'augmentation constante du prix des énergies fossiles. Seule la location du broyeur est à la charge de l'agriculteur.
• pour créer une nouvelle activité au sein de l'exploitation agricole : broyage et/ou revente de bois déchiqueté.

L'exemple du GAEC du Forest (Montbrand) est illustratif : ce GAEC alimente son propre réseau de chaleur comme le collège voisin en bois déchiqueté. Cela a permis de créer un demi équivalent temps plein sur l'activité bois énergie.

La prestation de vente de bois énergie par des agriculteurs pour des collectivités est toute récente (2012) et met en avant la structuration en cours de la filière et la capacité des agriculteurs à répondre à ces enjeux-là.

Il y a environ 1200 exploitations agricoles professionnelles dans les Hautes Alpes. Le marché et la capacité de production existent donc, avec de plus un maillage fin du territoire possible au regard du nombre d'exploitations.

La production de bois déchiqueté est en outre une opportunité pour l'entretien du paysage. Dans le Champsaur, cette production se fait en partie à partir de bois de bocage ou d'entretien de parcours. Les intérêts sont alors multiples : cela permet d'entretenir le paysage, d'autoconsommer environ 100 MAP par exploitation par an et ainsi de réaliser une économie sur les énergies fossiles.

Le stockage du bois, des freins à lever
Aujourd'hui, seules quelques exploitations commercialisent du bois déchiqueté car pour pouvoir le vendre, il est nécessaire d'avoir du combustible de qualité (calibrage des plaquettes, gestion du taux d'humidité, pas de déchets, absence de pierres dans les plaquettes etc.). Cela passe en partie par un stockage de qualité et de grande capacité.
En effet sur ce dernier point il est recommandé de pouvoir stocker la consommation de toute une saison des différents clients desservis (exemple du collège de Veynes : environ 105 à 110 tonnes de bois / an soit l'équivalent de 600 m3 de bois déchiqueté à stocker).

Cependant le stockage coûte cher que ce soit l'investissement dans un hangar ou le coût de manutention du bois.
L'une des opportunités pour rentabiliser cet investissement est de construire un hangar agricole avec une toiture solaire photovoltaïque intégrée selon plusieurs formules.
• L'investissement de cette dernière peut être financé par des entreprises spécialisées en photovoltaïque
• La toiture solaire étant prévue dès le départ dans le principe constructif du hangar, son coût est moindre si l'on considère qu'il se substitue à celui de la toiture qu'il aurait fallu mettre en œuvre.
• La production d'électricité solaire crée un revenu supplémentaire qui permet de financer l'investissement.
• Le bâtiment peut être mis à disposition par des investisseurs qui se rémunèreront avec la vente de l'électricité
Quelques lieux de stockage existent actuellement sur le territoire : parc à bois de Veynes géré par l'ONF, scierie du Motty dans le Champsaur, d'autres dans le Queyras, l'Embrunais et vers La Saulce. Il existe donc des opportunités pour en créer d'autres complémentaires à ceux existants.

Posséder ses propres appareils de coupage/broyage : quels avantages ?
Le fait d'acheter en CUMA permet d'investir dans du matériel de qualité et plus performant. De plus, avec son propre matériel, il est possible d'aller directement en forêt broyer le bois et en disposer sur des périodes ou l'activité agricole permet d'être plus disponible. Alors qu'en faisant appel à un prestataire extérieur, il est nécessaire d'amener le bois coupé en un lieu simple d'accès, de préparer le bois pour son broyage afin d'optimiser le temps de présence de l'entreprise prestataire.
En s'affranchissant de certains impératifs de préparation de chantier, on limite ainsi le nombre de manipulations des volumes de bois réalisant un gain de temps et de rentabilité.

Localisation

Description Technique

Bois déchiqueté : état des lieux
Aujourd'hui, il existe 3 broyeurs sur le territoire, certains équipés de grappins pour faciliter la manutention du bois :
• Vallée du Buech
• Champsaur
• Queyras
Ils ont été achetés par des CUMA (Coopérative d'Utilisation du Matériel Agricole). Grace à la mise en commun, il a été possible d'acheter du matériel plus cher et plus puissant permettant de répondre aussi à de nouveaux marchés (voir plus bas alimentation bois énergie de collèges etc.). Seules les exploitations agricoles peuvent adhérer à une CUMA.

Différents types de chaudières peuvent être alimentés avec du bois déchiqueté :
• Exploitations agricoles
• Hébergements
• Collectivités
• Privées

Dernier broyeur acheté en 2010 :
• Production de 12 m3 de bois plein/heure soit l'équivalent de 36 m3 de bois déchiqueté (ou MAP) /heure
• Diamètre maximum des troncs admissibles : 40 cm

MAP = mètre cube apparent de plaquette : unité de volume de bois déchiqueté
1 MAP = 1000 à 1100 kWh pour une humidité de 25% avec bois résineux, soit environ 108 litres de fuel.

Bois Buche
Matériel : on utilise des combinés bois-bûche qui :
• Coupent
• Fendent
• Chargent automatiquement

Exemple d'outil utilisé : un combiné Taufun RCA 400 Joy et un deck d'alimentation (ou d'amenage) pour une utilisation moyenne de 8 à 10 h/an par exploitant, avec un maximum atteint de 20h /an pour le plus gros utilisateur.

2 machines ont été achetées en 2011 (pour des CUMA de respectivement 5 et 8 exploitations) et il y a aujourd'hui 2 projets d'achats. L'objectif recherché est d'avoir une 1 machine pour 8 à 10 exploitations

Caractéristiques économiques

Chaudière bois déchiqueté
Investissement moyen pour une chaudière en exploitation agricole : 30 à 35 k€ selon l'implantation et le silo.

Broyeurs :
• Dernier broyeur acheté en 2010 = 57 000 €
• Taux de subvention via Plan de Performance Energétique = 50%
• Coût moyen estimé pour le producteur = 13 €/MAP (tracteur + chauffeur + machine hors abattage).
• Pour une autoconsommation de 100 à 120 MAP/an : coût de 1 500 €/an ;
• La même quantité d'énergie avec du fioul : 10 000 litres soit environ 10 k€/an : 6 à 7 fois plus !

Bois bûche
• Investissement dans un combiné = 15 à 21 k€
• Coût annuel pour la CUMA estimé = 2 600 €/an
• Coût annuel moyen par exploitation = 325€/an soit 32€/h/an

Les acteurs du projet

La chambre d'agriculture des Hautes-Alpes

Les CUMA des Hautes Alpes

L'avis du maitre d'ouvrage

Entretien réalisé avec Eric MENADIER, chargé de mission de la chambre d'agriculture

« Sur le département des Hautes-Alpes, il existe près de 85 CUMA avec lesquelles nous travaillons. Nous sommes chargés d'animer ce réseau. J'interviens plus précisément sur les énergies renouvelables et le conseil en machinisme.

Pour le développement du bois énergie dans les exploitations agricoles, nous ne sommes partis de rien avec Jean Michel Rayne (Coopérative Provence Forêt). Nous avons contacté les exploitations qui pouvaient ou souhaitaient se chauffer au bois et broyer/couper du bois pour leur propres besoins ou alors celles qui pouvaient créer, voir développer, une nouvelle activité en sus de celles de bases pour générer un revenu supplémentaire et aider à la stabilisation économique.

Afin de convaincre les agriculteurs du territoire, nous avons organisés des démonstrations de broyage sur différents évènements locaux et organisé des visites sur des sites d'exploitation, notamment en Isère à côté de la Mure.

Aujourd'hui les agriculteurs cherchent à optimiser leurs revenus. La commercialisation de bois déchiqueté ou l'usage personnel permet cela même s'il est vrai que l'installation de solaire photovoltaïque, courant dans les exploitations agricoles, a des avantages car cela demande moins de travail.

Avec un taux de subvention satisfaisant, la valorisation de la biomasse et le développement d'énergies renouvelables constituent aujourd'hui une véritable opportunité pour les exploitations agricoles. »

Les points clefs

Ne pas acheter seul : acheter grouper permet d'optimiser le coût, d'acheter des machine plus performantes, d'être plus rigoureux sur l'entretien. Etc.